Article paru dans le Républicain Lorrain le 25 août 2011
Un rocher façonné par les contes et les légendes
En plein massif des Vosges mosellanes, le mystérieux rocher de Dabo surplombe le plateau lorrain.
Ici, le visiteur pénètre dans une autre dimension : un monde de dragons, de brigands, de fantômes et de farfadets.

En période estivale, depuis deux ans, les curieux qui osent s’aventurer dans cette contrée lointaine peuvent croiser la route de Christine Fischbach, conteuse professionnelle. Photos RL
Des routes et des chemins qui serpentent au creux de la vallée, les automobilistes ou les marcheurs l’aperçoivent déjà au loin. Menaçant ou protecteur, c’est selon. Au cœur des Vosges mosellanes, culminant à 664 mètres d’altitude, le rocher de Dabo domine la vallée de la Zorn.
Le visiteur passe d’abord par le village mais c’est le sommet du rocher qui attire, irrésistiblement. Plus il grimpe autour de ce colosse de pierre, plus l’atmosphère se fait étrange, particulière. L’ascension muscle les cuisses et les mollets pendant que l’esprit passe déjà dans une autre époque, un autre univers. En atteignant le sommet, on découvre la chapelle érigée en 1825 en hommage au pape Léon IX, qui serait né à Dabo. Une statue le représentant trône dans une niche. Autour de l’édifice religieux, deux tables d’orientation offrent une vue imprenable sur le plateau lorrain.
En période estivale, depuis deux ans, les curieux qui osent s’aventurer dans cette contrée lointaine peuvent croiser la route de Christine Fischbach, conteuse professionnelle. En semaine ou les week-ends, lors des animations « Dabo se raconte » ou « Les visites contées du rocher de Dabo », elle fait son apparition au sommet du massif de grès, et se met à déclamer de sa voix puissante les contes et les légendes qui hantent les lieux depuis des siècles.
Elle promène son public autour de la chapelle, s’arrêtant sur des points stratégiques comme les deux tables d’orientation, pour dévoiler les secrets du rocher.
Une demi-heure d’évasion
Ce jour-là, elle se présente face au groupe d’une trentaine de personnes en costume bariolé style renaissance, une couronne sur la tête, et surtout, avec un étrange bâton de sagesse à la main. « Il me permet de dévoiler les vérités », murmure-t-elle discrètement. Pendant trente minutes, elle égraine des histoires toutes plus fantastiques les unes que les autres, avec une énergie et une conviction à faire douter plus d’un cartésien. Les fantômes côtoient les dragons, les êtres maléfiques sont combattus par des héros d’une autre époque, chevauchant leur destrier, dans un récit qui vous fait quitter la réalité et vous transporte loin de votre quotidien douillet.
Jouer à se faire peur
Il y a les légendes, comme celle du Prince noir, chevalier ruiné devenu brigand, qui aurait semé la terreur dans la région avec sa troupe de bandits en détroussant les voyageurs imprudents. Le trésor accumulé serait encore caché près du rocher. Il y a aussi les croyances populaires, qui évoquent par exemple les Druckmännele, ces farfadets malicieux qui se couchent sur la poitrine des nouveau-nés pour les empêcher de respirer. Pour protéger l’enfant, il serait conseillé de placer un couteau de boucher sous son oreiller ou de déposer des excréments sur ses membres. Un peu effrayant pour les enfants non ? « Mais ils adorent ça, se faire peur ! », rétorque Christine Fischbach. « Pour toutes ces histoires, je me suis surtout inspiré du livre de contes de Joseph Dillenschneider, Contes et légendes de notre pays : entre Dabo, Phalsbourg et Sarrebourg, en plus de toutes celles que je connaissais déjà », précise la conteuse.
Au terme de la visite contée, le public revient d’un voyage qu’il n’oubliera certainement pas. Les Merlin l’enchanteur, Belle au bois dormant ou autre monstre du Lochness n’ont qu’à bien se tenir ! Le rocher de Dabo regorge de personnages et de légendes qui n’ont rien à envier aux « stars » du genre.
François PRADAYROL.